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5 juillet 2026
La réunion de Paris : quand la société civile devance la diplomatie

La réunion de Paris : quand la société civile devance la diplomatie

Lors d'une conférence organisée par le ministère français des Affaires étrangères, des militants israéliens et palestiniens se sont retrouvés aux côtés de diplomates de divers pays. S'en tenant à leurs positions traditionnelles, les responsables se sont montrés les participants les plus prudents, tandis que les militants ont repoussé les limites du débat. Une chose les unissait tous : un niveau de critique sans précédent à l'égard d'Israël.

Par Samah Salaime et Meron Rapoport

Publié pour la première fois en hébreu dans Local Call le 23 juin 2026.

En amont du sommet du G7 qui s’est tenu à Paris le mois dernier, les deux auteurs de cet article ont participé à un rassemblement international consacré au rôle de la société civile dans la promotion de la cause de la paix israélo-palestinienne. Organisé pour la première fois l’année dernière dans le cadre de l’initiative franco-saoudienne visant à reconnaître un État palestinien, cet événement en était à sa deuxième édition. Environ 150 militants issus d’organisations de paix et de la société civile œuvrant dans les domaines de l’éducation, des droits de l’homme et des médias se sont réunis dans une même salle aux côtés de ministres des Affaires étrangères, de diplomates et de représentants gouvernementaux de plus de 20 pays.

Nous écrivons ces lignes selon deux perspectives différentes, mais au sein d'un même espace civique et politique : nous sommes toutes deux militantes, l'une israélienne et l'autre palestinienne. Nous écrivons tous deux pour Local Call, et nous avons passé des années à travailler au sein d’organisations de la société civile qui s’efforcent de défendre une vision alternative face à une réalité marquée par la guerre, les massacres, la séparation et le désespoir. L’une d’entre nous est originaire de Wahat al-Salam Neve Shalom, et du système éducatif bilingue du village ; l'autre provient du mouvement A Land for All (Une Terre pour Tous).

Cette réunion à Paris rappelait bon nombre de rencontres similaires organisées au fil des ans : de longs discours sur la paix et une solution à deux États qui semblaient déconnectés de la réalité du génocide et des destructions à Gaza, et désormais aussi de l’agression au Liban. Sans parler des efforts conjoints du gouvernement israélien, de l’armée et du mouvement des colons pour démanteler ce qui reste de l'Autorité palestinienne.

Mais cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent dans l’air. Les militants de la société civile palestiniens et israéliens ne se sont pas contentés de discours généraux sur la coexistence ou sur « notre humanité commune ». Ils sont allés plus loin : au lieu de débattre d’une « solution » ou d’une autre, ils se sont concentrés sur l’égalité des droits et le démantèlement de la suprématie juive. Leurs revendications étaient elles aussi plus concrètes : exercer une réelle pression sur Israël et exiger que ce pays soit tenu responsable de ses actes. Le mot « sanctions » est revenu sans cesse.

Le sujet de la guerre d'extermination à Gaza a dominé les débats tout au long de la conférence, notamment lors des sessions consacrées à la relance humanitaire et à la reconstruction de la bande de Gaza. Gaza était présente dans l’esprit des participants, dans les prises de position et dans les recommandations formulées par les représentants de la société civile. Contrairement à l’année dernière, la réunion de cette année comptait également des participants venus de Gaza.

Voici quelques observations tirées des discussions menées au sein des groupes de travail et lors des séances plénières, mais surtout des conversations informelles eues dans les couloirs avec des militants venus d'Israël, de Cisjordanie, de Gaza, d'Europe et des États-Unis.

La société civile devance la diplomatie

L'un des aspects les plus frappants de la conférence a été le fossé entre le discours de la société civile et celui de la diplomatie officielle. Alors que les gouvernements restent prudents, pèsant chaque mot et évoluant dans un cadre politique contraignant, les représentants de terrain se sont exprimés dans un langage bien plus direct, tourné vers l'avenir et ancré dans la réalité.

Au cours d’une des discussions auxquelles j’ai participé, moi, Meron, Christophe Bigot — ancien ambassadeur de France en Israël et désormais représentant spécial de l’Union européenne pour le processus de paix au Moyen-Orient — a déclaré que l’UE menait actuellement des pourparlers avec l’Autorité palestinienne afin de s’assurer qu’elle mette en œuvre les réformes exigées par l’Union. À un moment donné, je suis intervenu, de manière peu diplomatique, en déclarant qu’au lieu d’imposer des conditions à une Autorité palestinienne malmenée et affaiblie, l’UE devrait imposer des conditions à Israël et lui infliger des sanctions, tout comme elle l’a fait avec la Russie. Il est révélateur que non seulement les militants palestiniens, mais aussi la plupart des Israéliens présents dans la salle aient exprimé leur soutien à cette idée.

Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, dont le ministère organisait l’événement, s’est montré relativement prudent. D’autres diplomates qui ont pris la parole — notamment les ministres des Affaires étrangères de l’Espagne, du Brésil et du Luxembourg, ainsi que le vice-ministre des Affaires étrangères de la Turquie — se sont toutefois exprimés de manière beaucoup plus directe. Les termes génocide et sanctions ont été utilisées sans détours. Ils ont déclaré sans équivoque que le maintien d'un soutien inconditionnel à Israël, ainsi que le silence face aux crimes qu'il commet à Gaza et en Cisjordanie, n'étaient plus tenables ni sur le plan moral ni sur le plan politique. Plus leurs propos étaient incisifs, plus les applaudissements étaient nourris.

Jonathan Zeigen, fils d'un militant pour la paix Vivian Silver, qui a été tuée au kibboutz Be’eri, s'est également exprimé devant l'assemblée plénière, affirmant qu'Israël bénéficiait d'un traitement préférentiel. « Combien de personnes doivent encore mourir avant que la politique ne change, avant que des sanctions ne soient imposées ? Combien de temps comptez-vous [la communauté internationale] nous laisser essayer de changer la réalité alors que vous continuez à la soutenir ? », a-t-il demandé.

L'objectif déclaré de la rencontre de Paris était de permettre aux représentants de la société civile israélienne et palestinienne de s'adresser directement aux décideurs et de leur proposer des pistes de réflexion. En conséquence, les tables rondes réunissant les ministres des Affaires étrangères — une quinzaine au total — ont débuté par des recommandations formulées par des intervenants israéliens et palestiniens. Même si cela revêtait un caractère en partie symbolique, cela semblait refléter une prise de conscience au sein de la communauté internationale : il ne suffit plus de dialoguer uniquement avec les responsables politiques israéliens ou palestiniens ; la société civile doit elle aussi prendre part au débat, même lorsqu’elle se montre plus critique et indépendante.

Les acteurs internationaux semblent de plus en plus conscients qu’aucun processus de paix sérieux ne peut être mis en place en s’appuyant uniquement sur les gouvernements — surtout lorsque ces derniers sont eux-mêmes au cœur de la crise et guidés par des intérêts politiques à court terme. Si l’on veut envisager un avenir différent, la société civile doit participer à la planification, et pas seulement à la mise en œuvre.

Il n'y a pas de solution miracle : le dialogue direct entre les personnes est essentiel

Depuis des années, les initiatives " entre les peuples " (people-to-people) ont été critiquées comme étant superficielles, naïves ou comme des moyens de normaliser l’occupation. Certaines de ces critiques étaient justifiées : les rencontres émotionnelles entre individus ne peuvent se substituer à la justice, à l’égalité des droits, à la fin de l’occupation ou à un changement politique. Mais la séparation physique et psychologique imposée aux Israéliens et aux Palestiniens au fil des ans a créé une réalité qui n’en est pas moins dangereuse : deux peuples qui parlent l’un de l’autre, mais rarement l’un avec l’autre.

Il n’est donc pas surprenant que presque tous les programmes qui favorisaient une forme quelconque de contact direct entre les deux parties aient été pris pour cible, dénigrés et progressivement démantelés : programmes pour la jeunesse, initiatives de formation conjointes et dialogue direct entre élèves et enseignants. Il est difficile de croire que le ministère israélien de l’Éducation, qui finançait autrefois de tels programmes, présente désormais une conférence organisée par le « Parents Circle–Families Forum » comme une menace pour la conscience des étudiants israéliens.

Lors de la conférence, on ressentait un désir palpable de contact direct — d’un dialogue sans crainte, sans autocensure et sans répression. Il ne s’agissait pas seulement de rencontres émouvantes entre Palestiniens et Israéliens, aussi importantes soient-elles — comme l’échange entre une mère juive en deuil et un frère en deuil originaire d’Hébron. Cela reflétait une prise de conscience plus profonde : sans un espace où les gens peuvent réfléchir ensemble, débattre, exprimer leur colère, faire leur deuil, développer un langage commun et imaginer un avenir, il est impossible de construire une vision commune.

Le traumatisme n’est pas une question secondaire. Il fait partie de la solution

Aujourd’hui, il est impossible de parler de paix, de reconstruction ou d’avenir sans évoquer le traumatisme. Presque toutes les conversations que j’ai eues, moi, Samah, avec un militant ou un représentant de Gaza se sont terminées par des larmes, des voix étranglées ou un silence pesant. Il ne s’agit pas seulement d’un traumatisme personnel ; c’est un fardeau collectif palestinien. Le traumatisme accumulé et historique porté par les Israéliens était également présent dans chaque pièce et chaque conversation, et il continuera à façonner toute solution mise sur la table, consciemment ou non.

Les débats politiques ont tendance à reléguer les questions de santé mentale et de rétablissement émotionnel à un stade ultérieur : après un cessez-le-feu, après un accord, après la reconstruction matérielle. Mais c'est une erreur. Toute solution future doit inclure une guérison psychologique collective, la reconnaissance de la souffrance, des cadres permettant un travail collectif sur ces questions, ainsi qu'un engagement profond face à la mémoire, au deuil et à la perte. Sans cela, même les meilleurs accords ne seront que des promesses sur papier.

Le consensus contre le gouvernement israélien ne cesse de prendre de l'ampleur

Tout au long de la conférence, il était difficile d'ignorer qu'un quasi-consensus s'était dégagé contre le gouvernement israélien. Les critiques ne se limitent plus aux franges radicales ou aux organisations de défense des droits de l'homme. Elles sont exprimées aussi bien par des diplomates que par des associations de la société civile, des experts, des journalistes et des représentants gouvernementaux.

Il est désormais possible de comparer les actions du gouvernement israélien à celles du Hamas — ce qui était autrefois considéré comme tabou dans certains milieux diplomatiques. L'ampleur des massacres, des destructions, de la famine et de la déshumanisation à Gaza rend de plus en plus difficile le maintien de cette distinction morale imaginaire.

La communauté internationale reste bloquée sur la solution à deux États, alors que la société civile a déjà dépassé ce stade

Le monde diplomatique continue de privilégier la solution à deux États, s'en tenant au discours officiel habituel. À Paris aussi, il est apparu clairement que la communauté internationale peine à sortir de ce cadre de pensée, alors même que la réalité entre le fleuve et la mer a profondément changé.

La société civile, en revanche, adopte déjà une approche plus complexe et tournée vers l’avenir. Elle n’abandonne pas nécessairement le principe des « deux États pour deux peuples », mais elle l’enrichit d’une vision politique différente : égalité des droits, liberté de circulation, reconnaissance mutuelle, justice, sécurité des personnes et prise de conscience que ni l’un ni l’autre des deux peuples ne va disparaître.

Ce qui a peut-être été dit de plus important à Paris était aussi ce qu’il y avait de plus simple : l’avenir des deux peuples est un avenir commun. Le ministre français des Affaires étrangères a fait valoir qu’une solution à deux États pour les deux peuples reste importante, car l’avenir de ces deux peuples ne fait qu’un. On peut ne pas être d’accord avec la première partie de cette affirmation, mais la seconde est indéniable : nos destins sont étroitement liés.

Ce n'est pas un slogan. C'est la réalité. La question est de savoir si nous allons continuer à la nier en multipliant les guerres, les murs et les divisions, ou si nous allons enfin commencer à construire une nouvelle réalité politique à partir de ce constat.

(Article traduit depuis l’original https://wasns.org/the-paris-meeting-when-civil-society-outpaces-diplomacy/ disponible sur le site du Village, à l’aide de la solution DeepL www.deepl.com)

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